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Grant Dalton : «Une coupe juste avec des règles claires !»

En 2003, deux hommes se rencontrent dans un entrepôt d’Auckland : Grant Dalton, légende de la voile néo-zélandaise et Matteo de Nora, prospère entrepreneur d’origine italienne. Team New Zealand vient alors juste de perdre la Coupe de l’America face à Alinghi. Ils décidèrent de repartir ensemble à l’assaut et de gagner de nouveau. Ce fut fait quatorze ans après, en juin dernier, aux Bermudes. Maintenant, ils doivent défendre le trophée. Et ils ont annoncé un élément majeur : le retour au monocoque en lieu et place des catamarans. Cette décision fut annoncée à La Stampa par Patrizio Bertelli, patron de Prada et du défi Luna Rossa. En lançant le premier challenge pour la prochaine coupe, avec le Circolo della Vela Sicilia, Bertelli est en effet devenu le Challenger of Record, s’adjugeant le pouvoir de décider des règles à venir avec les Kiwis. Une interview réalisée par Fabio Pozzo, en présence de Matteo de Nora, et publiée avec l’accord de son auteur et du quotidien La Stampa pour lequel il est journaliste.
  • Publié le : 20/09/2017 - 12:00

Team New Zealand Grant DaltonEmblématique patron de Team New Zealand depuis que Peter Blake passa la main, Grant Dalton prépare la prochaine édition de la Coupe de l'America en donnant un grand coup de pieds dans ce qui a été fait ces dernières années !Photo @ ACEA/Gilles Martin-Raget

« Voilesetvoiliers.com : Pouvez-vous nous en dire plus sur les bateaux utilisés lors de la prochaine Coupe de l’America ?
G.D. :
De grands et puissants monocoques. Des bateaux technologiquement avancés et qui réclament d’être menés par des marins hautement compétents.

Voilesetvoiliers.com : Adieu donc aux « marins cyclistes » que nous avons vus aux Bermudes ?
G.D. :
Les winchers seront de retour !

Voilesetvoiliers.com : Ces monocoques seront-ils à foils ?
G.D. :
Davantage de détails seront révélés le 30 novembre.

Voilesetvoiliers.com : Vous publierez le Protocole régissant la 36e America’s Cup à la fin de ce mois. Il intégrera une clause liée à la nationalité. Cela concernera tous les membres d’une équipe ou seulement les navigants ?
G.D. :
Seulement les marins. Il y aura un pourcentage d’entre eux qui devront posséder un passeport du pays du challenger.

Luna Rossa vs BMW Oracle, ça se colleLe retour aux monocoques en vue de 2021 n'implique pas pour autant celui des bons vieux Class America écartés depuis 2007 !Photo @ Gilles Martin-Raget

Voilesetvoiliers.com : La Coupe de l’America elle-même se déroulera en 2021 à Auckland, mais plusieurs pays accueilleront des régates avant cette finale. Quand et avec quels bateaux ?
G.D. :
En 2019 et en 2020 avec les mêmes bateaux que pour la finale.

Voilesetvoiliers.com : Votre alliance avec Luna Rossa - équipe désignée Challenger of Record en vue de la prochaine édition - est-elle avant tout budgétaire ?
G.D. :
Nous avons toujours été amis. Cette amitié est devenue une alliance en 2015, lorsqu’Oracle, le defender, changea les cartes qui étaient déjà distribuées sur la table avec l’aide des autres équipes. Ils ont raccourci les catamarans engagés dans la Coupe (des AC72 vus en 2013 à San Francisco aux AC Class de 50 pieds de la Coupe 2017, ndlr) annulant ainsi tous les progrès effectués par Luna Rossa en termes de recherche (d’où le retrait de l’équipe italienne en signe de désaccord, ndlr). Ils annulèrent un événement : les « Qualifiers » prévus à Auckland. Notre gouvernement réduisit du coup son soutien financier à notre équipe, nous pénalisant (une décision de justice condamna ensuite Oracle à payer de lourds dommages aux Kiwis, ndlr). Nous avons réalisé à ce moment-là que nous ne pouvions plus compter que sur nous-mêmes. Ils nous appelèrent même « les loups solitaires » (rire) ! Du coup, pour gagner la Coupe et changer la manière dont les événements évoluaient, il nous fallait un partenaire partageant notre vision. Nous avons trouvé cet allié en Patrizio Bertelli. Les aspects économiques sont venus après. (à noter que Louis Vuitton pourrait être remplacé par Prada, la marque de Bertelli, en temps que sponsor des éliminatoires des challengers, ndlr).

Luna RossaLa 35e édition de la Coupe de l"America était à peine terminée que les représentants de Luna Rossa Challenge lançaient un défi aux Kiwis en vue de la 36e, devenant Challenger of Record.Photo @ Luna Rossa Challenge

Voilesetvoiliers.com : Et quand avez-vous décidé de revenir au monocoque ?
G.D. :
Nous y avons songé voilà deux ans, en compagnie de Bertelli. En juin dernier, après notre victoire, nous avons consulté des challengers potentiels qui nous ont confirmé être sur la bonne voie.

Voilesetvoiliers.com : Mais du coup vous perdez votre avantage acquis sur ces catamarans…
G.D. :
Laissez-moi vous dire d’abord que nous estimons notre équipe architecturale capable de nous donner un nouveau bateau magnifique et ensuite que les catamarans ne seraient pas idéaux pour la Coupe à Auckland. Mais je veux être clair : gagner la Coupe est un privilège et celui-ci s’accompagne du devoir d’en conserver les valeurs sportives. Cela vient avant les intérêts particuliers.

Voilesetvoiliers.com : De toute manière, en tant que nouveau defender vous décidez de tout…G.D. : Ce n’est pas exact. Le defender ne détient pas le pouvoir absolu. Le Deed of Gift, cette constitution qui régit ce trophée, implique que le consentement mutuel soit à la base du travail avec le représentant des challengers. Seulement nous avons été dupés par les années du précédent régime mis en place par le defender avec des marionnettes en guise de Challenger of Record. Nous avions perdu de vue ce fait.

Burling DaltonGrant Dalton (à gauche) et Peter Burling, le barreur du cata noir lors de la dernière Coupe, à droite, ont ramené en juin dernier la Coupe au pays du long nuage blanc.Photo @ ACEA 2017/Gilles Martin-Raget

Voilesetvoiliers.com : Quel genre de Coupe de l’America organiserez-vous ?
G.D. : Une coupe juste avec des règles claires ! Et pour le grand public. Pas aliénante comme aux Bermudes, où même les navigants ne comprenaient pas ce qu’il se passait !

Voilesetvoiliers.com : Y aura-t-il beaucoup de challengers ?
G.D. :
Nous l’espérons ! Nous créons toutes les conditions nécessaires pour cela. »

Et Matteo de Nora d’ajouter que, dans tous les cas, la qualité serait supérieure à la quantité.

Pour lire l'interview dans La Stampa cliquez ici.

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